RAPPORT: Comment contrôler l’inflation ? Plaidoyer pour une coordination monétaire et budgétaire

J’ai le plaisir de vous faire part de ma dernière publication, How Do You Solve a Problem Like Inflation ? The Case for Monetary-Fiscal Coordination, publié par la New Economics Foundation (NEF) et co-écrit avec Lydia Prieg, Sebastian Mang, Dominic Caddick, et Theo Harris. Ce rapport revient sur des décennies de gestion de l’inflation et plaide en faveur d’une approche plus collaborative entre les politiques monétaires et budgétaires.

Alors que l’inflation redevient une préoccupation mondiale majeure, notre analyse met en évidence les limites des outils traditionnels des banques centrales, tels que les hausses de taux d’intérêt, en particulier lorsque l’inflation est due à des chocs d’offre. Au lieu de traiter l’inflation uniquement comme un phénomène monétaire, nous insistons sur la nécessité d’apporter des réponses adaptées en fonction de ses multiples causes sous-jacentes potentielles.

Moderniser la gestion de l’inflation

Notre rapport plaide en faveur d’une approche plus intégrée, permettant aux gouvernements et aux banques centrales de gérer plus efficacement l’inflation tout en encourageant les investissements qui répondent aux défis à long terme, tels que la transition vers une économie bas carbone. En fin de compte, la manière dont les politiques monétaires et fiscales devraient être coordonnées de manière optimale et répondre aux problèmes devrait dépendre des causes sous-jacentes de l’inflation. En fonction de l’origine de l’inflation, agir uniquement par les taux d’intérêts n’est pas toujours la réponse la plus optimale.

Par exemple, en période de déflation, les banques centrales disposent d’un large éventail d’outils au-delà des baisses de taux d’intérêt, allant du contrôle de la courbe des taux (yield curve management) et de l’assouplissement quantitatif à des mesures plus directes telles que l’assouplissement quantitatif ciblé (« strategic QE« ), le financement des investissements publics, voire des transferts directs aux ménages (monnaie hélicoptère). Les gouvernements, à leur tour, pourraient tirer parti de ces conditions pour investir dans la croissance future et la stabilité des prix à long terme.

À l’inverse, lorsque l’inflation est due à la demande, les hausses de taux d’intérêt restent une réponse politique nécessaire. Cependant, lorsque l’inflation est principalement due à l’offre – comme on l’a vu dans les crises énergétiques – des interventions finement ajustées sont préférables. Des instruments tels que les taux d’intérêt différenciés (par ex. TLTRO verts) peuvent soutenir les investissements qui s’attaquent aux goulets d’étranglement de l’offre, contribuant ainsi à la stabilité des prix à moyen terme. Parallèlement, les gouvernements peuvent jouer un rôle essentiel en renforçant les capacités de stockage stratégique, en s’attaquant aux contraintes d’approvisionnement, en mettant en place des taxes sur les bénéfices exceptionnels lorsque cela se justifie et en appliquant les lois antitrust.

Pour mettre ces idées en pratique, nous devons repenser les frontières institutionnelles entre la politique monétaire et la politique budgétaire tout en maintenant l’indépendance de la banque centrale et la responsabilité démocratique. À cette fin, une évolution de la structure institutionnelle existante serait nécessaire. Notre rapport propose des mécanismes formels pour clarifier les mandats secondaires des banques centrales, en veillant à ce qu’elles puissent soutenir des objectifs économiques plus larges. Inspirés par les travaux d’Éric Monnet, nous recommandons également la création d’un Conseil de coordination économique (CCE) indépendant – un organe consultatif multidisciplinaire qui pourrait aider à identifier les possibilités de coordination et à gérer les compromis distributifs que les banques centrales sont réticentes à aborder. Le CCE n’aurait pas d’autorité contraignante, mais les banques centrales et les gouvernements seraient tenus de justifier s’ils décident de ne pas en suivre les recommendations. Enfin, d’autres mesures en faveur d’une véritable union fiscale et des réformes des règles fiscales de l’UE seraient justifiées.

Ce rapport contribue au débat en cours sur la façon de moderniser la gouvernance macroéconomique de manière à garantir à la fois la stabilité économique et l’investissement dans les défis sociétaux à long terme, tels que la transition verte.

Pour citer le rapport:

Prieg, L., Mang, S., Caddick, D., Jourdan, S. and Harris, T. (2025) How do you solve a problem like inflation? The case for monetary-fiscal coordination. New Economics Foundation. Available at: https://neweconomics.org/uploads/files/how-do-you-solve-a-problem-like-inflation.pdf.

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