Tête de Quenelle se politise ?

Plusieurs lecteurs et amis m’ont fait des remarques sur la ligne éditoriale de Tête de Quenelle. Alors qu’il y a un an je parlais de médias sociaux, de fracture numérique, de linux, j’ai progressivement commencé à parler de dividende universel, de démocratie, de politique, et même de libéralisme

Comme j’ai toujours écrit pour me faire plaisir, cette évolution ne s’est pas vraiment faite consciemment (même si avec le recul, elle est évidente). Mais surtout, cette évolution est la conséquence d’une évolution logique dans mon cheminement intellectuel (s’il en est)… Ce post est donc l’occasion d’expliquer les raisons de cette évolution.

La technologie (à elle seule) ne changera pas le monde

Ce blog avait pour objectif initial de faire comprendre les évolutions de la société avec internet et les technologies. Mais au gré de mes lectures et réflexions, je me suis rendu compte que l’on ne peut pas parler d’internet sans parler de la société en général. En effet, la technologie s’insère dans un système en place : elle l’influence, mais subit également l’environnement dans lequel elle se trouve. Dès lors, on ne peut souhaiter qu’internet change le monde demain tout en ignorant les caractéristiques du monde dans lequel on vit aujourd’hui, et sans comprendre le pourquoi de cet héritage.

Comme le dit en substance Hubert Guillaud dans cet article : la technologie pose autant de problèmes qu’elle apporte de solutions.

Car la technologie ne change pas les Hommes : elle ne peut que changer certains paramètres de l’environnement dans lesquels ils vivent. Tout comme la qualité d’une eau modifie le comportement d’un poisson dans son bocal. Alors bien sur, je pense que la société mettra davantage en lumière le bon coté de l’humanité car il permet davantage d’échanges, incite à la confiance, et punit socialement les “méchants” comme l’expliquait déjà Thierry Crouzet en 2007.

Mais tout cela n’arrivera même pas si les individus et les pouvoirs en place rejettent ce changement. Par crainte du changement, ils transformeront cette opportunité historique en outil de surveillance et de contrôle. Ils brimeront la liberté sous prétexte que l’Homme n’est pas capable de faire bon usage de la technologie… Ils tenterons invariablement de faire rentrer la techno dans la boite du système actuel comme le feuilleton hadopi en est l’affligeante illustration.

Le capitalisme outrancier, le pseudo-libéralisme y fera son nouveau champ de bataille sans que l’on y ait gagné grand chose. Les masses seront toujours manipulées par les médias, la politique spectacle y délocalisera ses représentations,  le logiciel libre restera David, Microsoft restera Goliath etc etc…

Bien sur, ceux qui ont compris se battront, ils le font d’ailleurs déjà. Mais ces visionnaires gagneront-ils face à une société toute entière allergique à ces changements ?

Internet est-il compatible avec la société d’aujourd’hui ?

Plus j’étudie la question, plus j’ai l’impression qu’internet est en totale disruption avec notre démocratie. Ce à tel point que vouloir imposer une société numérique sans changer dans le même temps la société se révèlera vain.

Internet donne énormément de libertés aux individus, dans une société où ceux-ci ont justement progressivement abandonné leurs liberté. C’est notamment vrai en France où la liberté d’expression absolue n’est pas acceptée, où les décideurs pensent qu’une société qui crée des interdits est une société qui progresse“.

Internet permet aux individus d’agir sans demander la permission à personne, alors que notre démocratie est fondée sur un modèle de hiérarchie, de statuts qui n’a pas de sens dans la cyberculture. Les leaders d’internet (entrepreneurs, développeurs, blogueurs etc) ne le sont pas devenus grâce à un vote, une nomination, ou autre diplôme ! Ce sont avant tout des gens qui agissent, et dont les travaux sont suffisamment qualitatifs pour mériter l’attention des autres.

Enfin, alors qu’internet est un terreau très fertile pour l’émergence de nouvelles idées, on se rend bien compte ces idées ne sont pas les bienvenues chez les médias mainstream, bien trop dépendants de leur logique d’audience, et de leur collusion avec les pouvoirs économiques et politiques. Ce cloisonnement provoque un véritable problème d’hermétisme qui maintient le statu quo démocratique, à la défaveur bien sûr de toute  embryon de révolution numérique.

Il faut changer la société

Conséquence logique de ce constat, c’est la société qu’il faut changer ! Alors bien sûr, je suis certainement un peu utopiste en disant cela… Mais est-ce pour autant irréaliste ? Pas tant que cela.

Il existe un certain nombre de leviers d’actions sur lesquels nous pouvons faire bouger la société.

Tout d’abord en nous appuyant sur le réseau internet, qui n’est pas que “virtuel” comme le croient trop souvent ses détracteurs. Au contraire, le  pouvoir du réseau a des impacts sur “la vraie vie”. Il ne tient qu’à nous de l’utiliser.

Mais il faudra aussi que nous construisions de nouveaux médias capables de mieux distribuer la bonne information aux bonnes personnes ainsi qu’au bon moment. Il faudra désobéir au système qui nous conduit à l’immobilisme et à la médiocrité intellectuelle. Pour cela, nous devrons surtout changer individuellement nos modes de vie et de penser. Car changer de système nécessite que nous parvenions tout d’abord à nous extraire de l’actuel…

Donc… tête de quenelle se politise ?

Oui, Tête de Quenelle prend un virage politique. Mais entendons nous bien : il ne sera jamais question ici de débattre de qui de l’UMP ou du PS va gagner la guéguerre aux vovotes. Je l’ai déjà dit : le seul vote de contestation efficace, c’est le vote blanc. Et je m’y tiens jusqu’à nouvel ordre. Non, la politique dont je veux parler ici, c’est celle de l’action citoyenne, de la “realpolitik” au sens de Agnès Maillard :

La seule realpolitik que je reconnaisse, c’est celle qui implique l’ensemble des citoyens. C’est celle qui use les semelles, qui bouscule les idées, qui pense des lendemains qui chantent et qui expérimente de nouvelles manières d’y arriver. C’est celle qui se construit jour après jour, même si on n’est jamais, au départ, que trois gus dans un garage.

Sur ces belles paroles, à très bientôt pour plus de concret… 😉

7 commentaires

  • Je vois que nous avons tous les deux pris le même cheminement. Pour ma part je suis assis pour l’instant sur le bord du chemin à regarder — et à attendre — le désastre en cours. Je vous mets dans mon sideblog si vous le permettez

    • Bonjour et bienvenue :)

      Pour ma part, je ne compte pas empêcher à tout prix le désastre, je ne vais pas le précipiter non plus… En fait, s’il y a une chose que l’on puisse faire, c’est peut être de construire l’après-désastre ?

      PS : je n’interdis personne de faire des liens vers moi, ou encore de reprendre mon contenu (il est sous creative commons 😉 )

  • Je réfléchis souvent à l’après, et j’ai bien peur que cela soit une belle foire d’empoigne. Les idéologies ont la peau dure et leurs défenseurs sont enragés.
    Personnellement je m’inscris dans un courant décroissant, autonome et spirituel (un beau cocktail). Mais je suis persuadé qu’un changement profond demandera énormément de temps et beaucoup de remises en question. Ne serait-ce que pour “désapprendre”

  • clement

    Un très bon article. Je vais arrêter de saluer le fond pour une fois, pour applaudir la forme! Je suis fan du style jourdaniste, et je trouve que tu écris de mieux en mieux!

  • @Clément : woow ça me va droit au coeur :) J’espère seulement que ton admiration n’est pas un simple effet collatéral de ta lente mais certaine conversion au jourdanisme :p

    @survie : je ne suis pas forcément pessimiste. Je pense par exemple que le revenu universel pourrait arriver pile au bon moment comme solution de consensus pour repartir de l’avant.

    les décroissants m’inspirent, mais je pense qu’ils n’ont qu’une partie de la solution. L’autonomie me parait être une impasse. Par contre un peu de spiritualité ne fait jamais de mal à personne en général :)

  • C’est tout l’intérêt d’un blog (personnel). Tu ne l’as pas nommé MédiasSociaux.com ou autres.
    Donc tu es en effet libre de modifier la ligne éditorial comme tu le veux.

    En tout cas tu reste prolifique et qualitatif, et j’admire ca.

    Bon courage pour la suite.
    Clément