Pourquoi je voterai Mélenchon Dimanche

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Je voterai Mélenchon Dimanche. Un choix murement réfléchi après avoir passé des dizaines d’heures à me documenter sur les réflexions de Mélenchon, et des multiples rencontres ces dernières semaines.

Evidemment, ce n’est pas sans un pincement de coeur pour Hamon qui a fait une belle campagne et qui a eu les cou*lles de lancer le débat sur le revenu universel (avant que les apparatchik du PS transforment l’idée en une mesurette foireuse), et pour son attitude humaniste et républicaine que j’apprécie.

Mais au final, je vois plus de potentiel dans la candidature de Mélenchon pour faire bouger les lignes. Je suis convaincu depuis plusieurs années qu’il est grand temps de lancer un processus constituant pour refondre la République. Je suis en phase avec sa volonté d’un plus grand partage des richesses et d’une impulsion publique pour la transition écologique. Et oui, les rapport de force géopolitique bougent et la France a un role à jouer pour rétablir un équilibre plus stable du monde.

Dans les détails, je suis sceptique sur des points précis, mais tout cela sera de toute façon négocié au niveau du Parlement. L’enjeu se joue donc aussi au législatives, ce qui sera une autre paire de manche car aucune majorité n’est garantie quelque soit le futur président.

Mais c’est aussi et surtout sur la question Européenne que je suis le plus convaincu.

La vision de Mélenchon sur l’Europe est claire et l’a toujours été. Il suffit de re-visionner ses interventions sur le plateau d’arrêt sur images en 2010 et en 2013: il était déjà très lucides et je me retrouve dans sa stratégie. Il faut d’urgence trouver un nouveau compromis, un nouveau deal Européen avec l’Allemagne incluant de vraies avancées sociales, l’harmonisation fiscale, et une réforme en profondeur de la zone euro et du role de la BCE. Sur ce dernier point, qui me concerne au tout premier plan avec mon travail sur la campagne Quantitative Easing for People, JLM a été le seul a mettre la question de la BCE sur la table. Pas toujours dans les bons termes à mon sens, mais il a le mérite de voir le problème. A contrario, vous n’entendrez jamais Macron/Fillon en parler car le simple fait qu’on puisse imaginer une autre politique monétaire invalide toute leur idéologie, basée sur l’obsession ridicule sur le déficit.

Je vis 5 jours sur 7 dans la bulle européenne de Bruxelles. J’y vois d’un coté l’aveuglement collectif sur ces questions clés, le sentiment de blocage permanent. Et de l’autre coté on ressent à quel point la France a le potentiel de faire bouger les lignes plus qu’aucun autre pays. Tout le monde est déçu de ce que n’a pas oser faire Hollande. On peut facilement voir que Macron n’osera rien non plus, car il est dans la logique de satisfaire l’Allemagne au lieu de la confronter face à ses responsabilités. Une victoire de Mélenchon est la seule vraie chance de faire bouger l’Europe, car posera de grandes questions à l’Allemagne qui se rend aux urnes dans 6 mois, c’est une opportunité historique de relever le niveau du débat chez eux, et de pointer du doigt le rôle historique de l’Allemagne pour faire avancer l’Europe avec nous.

Si cette stratégie échoue à relancer complètement le projet européen, alors nous continuerons dans enlisement mortel du status quo, qui empoisonne l’Europe tous les jours à petit feu, au profit des nationalistes. Il faudra alors reconstruire autrement, en dehors du cadre actuel. Je ne le souhaite pas, c’est pourquoi il faut tout donner pendant les 2 ans qui arrivent pour changer complètement l’agenda européen et accomplir la validation finale de ce projet par les élections européenne de 2019.

Tout cela étant dit, je perçois deux faiblesses chez Mélenchon.

1. Il va manquer d’alliés au niveau européen et va devoir être près à faire des compromis. J’espère qu’il est déjà très au clair avec son équipe sur ses lignes rouges, pour pas que tout vole en éclat en interne au moment le plus crucial. Je pense que la France insoumise devrait littéralement faire campagne en Allemagne pendant l’été pour s’imprégner de leur débat à eux, et l’influencer. Il est facile d’imaginer que ses adversaires vont se brusquer, il faut qu’il ait une stratégie pour arriver à parler aux opinions publiques germanophones.

2. Il faut qu’il travaille avec Thomas Piketty sur la question d’un Traité de Démocratisation de l’Europe, ou a minima d’une nouvelle convention européenne. C’est la clé de voute qui peut renverser la table tout en rassurant tout le monde sur ses intentions. C’est pas sérieux de vouloir tout négocier derrière des portes closes au niveau du Conseil Européen. C’est le piège dans lequel Varoufakis/Tsipras se sont retrouvés. Il faut qu’il propose une méthode, un processus pour dialoguer et trancher sur les points décisifs de l’avenir de l’UE.

Malgré ces points de vigilance, je ne veux pas prendre le risque de regretter de ne pas lui avoir donné une chance à ce moment historique pour l’Europe. C’est pas gagné, mais ça vaut le coup d’essayer.

A Dimanche!