Le triomphe du déni

François Hollande est donc élu face à un Sarkozy en bout de course après un quinquennat catastrophique. Que la vie est parfois ennuyante quand on a un temps d’avance.

Pour les uns, c’est un soulagement attendu depuis longtemps, pour les autres une catastrophe économique en vue. Pour la plupart en fait, c’est comme si rien ne s’était passé tant il n’y a rien à espérer.

Le repit d’austérité, les incantations de croissance et voeux de plein emploi n’y feront pas grand chose : la récession le chômage, les inégalités continueront de progresser. Les scissions bancaires n’empêcheront pas les hydres financiers de repousser, la création d’emplois fictifs dans les administrations publiques ne créeront pas de nouvelles richesses, et la perfusion de dette nécessaire au système continuera d’alimenter les rentes des riches. Pendant ce temps, nous autres pauvres petits citoyens continuerons de nous entredéchirer pour obtenir tant bien que mal le droit d’exister au détriment de nos prochains.

Bref, si elle se confirme, l’alternance politique n’en aura que le nom, et la démocratie continuera de perdre du terrain face à la dictature des dogmes auxquels le PS est tout dévoué.

Car il faut bien le dire : le PS est un des seuls partis qui n’ait pas progressé depuis 5 ans sur tous les sujets importants à l’heure du XXIème siècle : revenu de base, démocratie, la monnaie, la “valeur travail“, numérique… En vérité, c’est un bastion du conservatisme gangrené par des luttes de pouvoir stériles qui s’apprête à régner en France.

Seule bonne nouvelle, maintenant que Sarkozy est parti, les commentateurs de tout bord vont peut être pouvoir se concentrer sur le fond du problème plutôt que de s’acharner sur un hyperprésident qui ne fut malgré tout ses défauts qu’une marionnette au services des intérêts d’une oligarchie bien implantée. Avec un peu de chance, quelques lueurs apparaitront par ci par là. Qui sait.

Mais à part ça, nous assistons ce soir à la victoire d’un parti politique empoussiéré dont le seul mérite est de profiter d’un système bipartite favorable. C’est le triomphe du déni et de l’immobilisme, avant de laisser la place au temps des désillusions et de la dure réalité.

Vivement que l’on passe à autre chose.


IllustrationPaternitéPas d'utilisation commerciale Joana Esteves

11 commentaires

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  • ria

    Merci pour ce moment de lucidité.

  • lulu

    Il y a aussi le “tabou” de la décroissance” qui n’est pas evoqué :

    http://owni.fr/2011/07/15/decroissance-nucleaire-medias-les-sujets-tabous-de-la-presidentielle/

    “la création d’emplois fictifs dans les administrations publiques ne créeront pas de nouvelles richesses”
    => pas tout à fait d’accord… il faut raisonner en terme de besoins primaires (à satisfaire pas des entreprise publiques ou privées) et de ressources environnementales (consommer plus que ce que la nature nous offre, ca ne fera qu’augmenter les crises à long terme).

  • Globalement, tu as raison dans ton diagnostic concernant le PS. Mais j’ai envie de dire que ça importe peu, finalement. La différence entre le PS et l’UMP ne sont pas énorme, avant tout en raison de la structure de la société et de l’économie française.
    La France, c’est un pays qui produit beaucoup d’arme, du nucléaire, des fromages (!), qui a des institutions anciennes, un fort conservatisme, une démographie vieillissantes, etc. Plein de facteurs qui font que la politique de la France surprendra toujours ceux qui veulent un changement radical!

    Concernant le revenu universel (une forme améliorée du RSA qui existe déjà), il faudrait aussi que ses promoteurs en fasse une critique éclairée. Pourquoi un minimum, par exemple? Et pourquoi pas mieux qu’un minimum?
    Ce genre de mesure aurait de toute façon des effets pervers, risquant d’alimenter des trappes à pauvreté (qui existent déjà, certes). Bref, je suis étonne que certains agitent le “revenu de vie” comme une amulette. L’innovation sociale peut emprunter d’autres voies.

    • @Eric

      Pourquoi un minimum, par exemple? Et pourquoi pas mieux qu’un minimum?

      Cette critique me semble bizarre. Tous les progrès de la société ont été batis sur des “minimums”. Les droits de l’Homme ne sont rien d’autre que des “minimums”. Que propose-tu de mieux qu’un minimum ?

      Ce genre de mesure aurait de toute façon des effets pervers, risquant d’alimenter des trappes à pauvreté

      Là encore, critique étrange. Le but du revenu de base est précisément de détruire les effets de seuil et donc de combattre les phénomènes de trappe à pauvreté. Après qu’il y ait des effets pervers, peut être, comment le savoir si on ne met pas en place le truc ? Et de plus les expériences existante montrent surtout des effets positifs.

      Bref, je suis étonne que certains agitent le « revenu de vie » comme une amulette. L’innovation sociale peut emprunter d’autres voies.

      Là dessus, je conçois que notre obsession pour cette idée peut être agaçante. Mais en même temps, une fois que l’on est convaincu, difficile de concevoir l’innovation sociale en général sans penser que le RDB la favoriserait précisément. Le RDB n’est pas une fin en soi, mais c’est un puissant facilitateur de changement. Parce que si l’argent ne fait pas le bonheur, il demeure malheureusement un outil puissant à la fois de domination ou d’émancipation.

      Il devient donc urgent de démocratiser l’argent pour lui donner moins d’importance. Pour le remettre à sa juste place en somme.

  • “Les droits de l’Homme ne sont rien d’autre que des « minimums »”

    Non, je ne pense pas! Par exemple la déclaration universelle des droits de l’homme débute comme ça:

    “Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
    Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. ” (http://www.un.org/fr/documents/udhr/)

    Il n’y a pas d’idée de “minimum” (“tous les droits”).
    Et, d’ailleurs il n’y pas d’idée de droit quantifiable.

    Mais il est vrai qu’il faut bien, sans doute, commencer par un minimum.

    Cela dit, dans une négociation, si on commence par demander le minimum, on obtient encore moins. Par exemple, Merkel a déclaré au contraire: “Rien n’est négociable, on ne bougera sur rien”. Au final, elle va lâché un peu de lest.

    Mais j’avoue que les deux exemples n’ont pas grand chose à voir. La réflexion sur le revenu de vie est avant tout théorique, pour le moment. Et c’est intéressant!

  • Aurelien

    @Eric :

    Bref, je suis étonne que certains agitent le « revenu de vie » comme une amulette. L’innovation sociale peut emprunter d’autres voies.

    😀
    C’est vrai que quand on réalise la portée du revenu de base, il est difficile de ne pas être emballé.
    Comment une seule mesure peut-elle résoudre autant de problèmes de notre société à la fois : pauvreté, inactivité, travail sous-rémunéré, crise économique, concentration urbaine ? Tout simplement parce que tous ces problèmes ont une même cause : une répartition de l’argent inefficace (et injuste).

    La réflexion sur le revenu de vie est avant tout théorique, pour le moment. Et c’est intéressant!

    Oui, on peut regretter qu’il n’y ait pas plus d’expérimentations pratiques.
    Mais bon, il faut bien en commencer par là. On serait ravis de voir le RDB testé sérieusement en France, on est juste en manque d’hommes politiques assez courageux pour essayer quelque chose de nouveau.
    Je pense qu’ils auront ce courage lorsqu’on sera assez nombreux à pousser derrière.

  • C’est certain que les partis, surtout les plus anciens, sont des trous noirs qui engloutissent l’essentiel des idées innovantes dans les confins de l’appareil. Néanmoins, dans notre système démocratique actuel, autant choisir des représentants qui seront a minima ouverts plutôt que rétifs ou indifférents aux droits des “petits citoyens”. Ce n’est pas la droite majoritaire qui permet cela aujourd’hui !
    Stan, je t’engage à lire l'”Antimanuel de politique” que vient de publier Montebourg, un livre de vulgarisation qui fourmille d’idées nouvelles et montre que, malgré les constats que l’on peut faire sur lui, le PS (auquel je n’appartiens pas) n’a pas totalement annihilé toute volonté de questionner le système et d’affronter les insuffisances de la gauche. Tu y trouveras même un chapitre consacré à ton sujet de prédilection !
    Autre piste : les réflexions de Laurent Bouvet et ses camarades de la Gauche populaire, qui remettent en question le produit de 30 ans de pratiques politiques de gauche, tout en proposant un changement d’approche.

    Voici deux liens pour ceux qui veulent aller plus loin :
    > https://www.facebook.com/pages/Antimanuel-de-Politique/151398578320496 (lien vers le sommaire du livre sur cette page)
    > https://www.facebook.com/pages/Gauche-Populaire/184042915051996

  • bens

    Si le PS stagne pendant que l’UMP “progresse”, il y a ici un billet d’une personne dont les idées ne progressent vraisemblablement pas et qui nous livre une analyse partisane et ennuyeuse sur cette élection.
    Passé de l’UMP au PS, je partage l’avis opposé, sauf dans le domaine de la communication où l’UMP est plus à l’aise à tromper les honnêtes gens que le PS ne le sera sans doute jamais!

  • @bens : qui a dit que l’UMP ‘progressait’ ???

    Quant aux “idées qui ne progressent vraisemblablement pas”, on en reparle dans quelques mois 😉