La croissance économique est au bout du rouleau

A l’exception notable d’une branche d’Europe Ecologie, l’ensemble de la classe politique positionne ses programmes politiques dans des objectifs de recherche de la croissance économique. La croissance est ainsi vue comme le seul moyen de résoudre le chômage, de rembourser les colossales dettes publiques, et de réduire les inégalités.

Pourtant, alors que nous ne sommes qu’à l’aube d’une nouvelle crise financière, notre espérance de croissance a-t-il jamais été aussi faible ? Et alors que de plus en plus de voix se lèvent pour prôner la décroissance, n’y a-t-il pas des raisons légitimes de croire que le capitalisme arrive à la fin d’un cycle expansionniste ?

Après m’être attaqué il y a quelques semaines au mythe du plein emploi,  c’est donc le mythe du retour de la croissance qu’il faut aujourd’hui abattre pour construire le monde de demain.

Le hold-up de la finance sur la croissance

Tout d’abord, commençons par analyser la conjoncture actuelle. Les rocambolesques “sauvetages” de la Grèce ainsi que de l’Irlande nous présagent un avenir bien sombre sur l’ensemble de l’Europe. De quoi s’agit-il exactement ? Ce n’est pas aussi compliqué que cela puisse paraitre, et je vais en tout cas essayer de résumer la situation.

Les états européens accumulent les déficits publics depuis 30 ans. Pour se financer, ils se sont endettés sur les marchés en émettant des obligations (= des dettes à moyen terme). Qui achète ces obligations ? Essentiellement les banques, assurances et autres investisseurs de nos propres pays, parfois même des investisseurs étrangers (la Chine par exemple). Pourquoi le font-ils ? Parce que les états sont théoriquement des agents qui ne peuvent pas faire faillite, donc les obligations sont réputées “sans risque”, la bonne affaire quoi!

Sauf que la crise financière des subprimes de 2008 a accéléré l’endettement des états, qui ont perdu leurs dernières plumes dans des plans de relance coûteux et inefficients. Du coup, ceux-là même (les banques) qui achetaient les yeux fermés les obligations d’état se sont levés un bon matin en réalisant que l’état grec n’était plus en état de payer. Ils se mettent donc à revendre massivement leurs titres, provoquant ainsi une panique et une hausse des taux des obligations vers 12-13% voire plus, ce qui signifie que la Grèce ne peut tout simplement plus financer son fonctionnement : c’est la faillite.

Afin d’éviter cela, l’Union européenne a décidé de créer un fond de stabilité, qui permet à l’UE de racheter des obligations grecques pour rassurer le marché et financer la Grèce à un coût raisonnable.

Le problème, est que la Grèce, bien que dans une situation exceptionnelle, n’est pas un cas isolé. Répétez le scénario au cas de l’Irlande (fait), de l’Espagne (ça arrive…), du Portugal, de la Belgique, de l’Italie et de la France, et vous comprendrez alors que la sphère financière est comme une épée de Damoclès au dessus de l’économie européenne. Notre espérance de croissance est complètement hypothéquée par les marchés. Combien faudrait-il de milliards d’euros pour sauver tous ces pays surendettés ? Certainement trop…

Mais d’ailleurs, quand bien même le fond de stabilité permet de remettre à flots les pays qui en ont besoin, il n’est pas du tout certain que cela suffise à remettre ces pays “dans le droit chemin”. Car la contrepartie de l’aide de l’Europe, c’est la mise en place de plans de rigueur. Or ces plans vont naturellement freiner la croissance par la baisse du pouvoir d’achat. Concrètement, un pays comme la Grèce n’a que 2 options : entrer dans la déflation afin de relancer sa compétitivité à moyen terme (comme le suggérait Dominique Strauss-Kahn) ; ou au contraire provoquer de l’inflation, ce qui permet de faire “fondre” la dette souveraine. Mais dans tous les cas, la  croissance à court terme est très fortement compromise par les deux scenarii ! Or, en absence de croissance, comment feront les états pour rembourser les nouvelles obligations émises (et leurs intérêts !) ??!

Bref, vous l’aurez compris, nous sommes loin de la “reprise” que nous promettaient nos dirigeants il y a quelques mois.  Mais la vérité est plus profonde que cela. Ce que nous rappelle cette crise, c’est que depuis les années 80, nous avons endetté toujours plus massivement encore la société (citoyens, entreprises et états confondus) pour tenter de stimuler une croissance inexistante et ainsi retrouver le plein-emploi. Mais cette croissance n’était que virtuelle, car, étant sans cesse dans l’impossibilité de rembourser les intérêts de la dette (vu que la croissance n’était pas suffisante…), son coût était sans cesse repoussé par de nouveaux emprunts… Après la crise de 2008 “sanctionnant” le niveau excessif des dettes privées, c’est aujourd’hui les dettes publiques qui se trouvent dans le collimateur de la méfiance des marchés. La boucle est bouclée…

La morale de cette histoire, c’est que le surendettement généralisé du système ne peut plus continuer. Nous touchons aux limites du système, la fin d’un cycle : nous devons nécessairement trouver d’autres moyens de financer l’économie (en reprenant par exemple la souveraineté de la création monétaire – perdue depuis Maastricht). Mais en attendant, il faut bien que quelqu’un paie… !

Les limites intrinsèques de la croissance

Nous venons de voir comment, derrière une crise en apparence conjoncturelle, notre espérance de croissance à court et moyen terme avait été anéantie par la  sphère financière. A présent, analysons comment les autres fondements de la croissance économique du XXème siècle sont remis en cause : les ressources naturelles et la démographie.

Ce n’est un secret pour personne, notre économie repose en grande partie sur la consommation de matières premières dont les réserves naturelles sont par nature limitées : le pétrole, le cuivre, le gaz, le charbon, l’uranium etc. Sans ces ressources là, nous serions incapables de produire et marchander autant qu’aujourd’hui. Certes, personne ne peut prétendre savoir quand nous serons à court de ces-dites ressources, mais nous savons tout de même que nous ne pourrions soutenir les besoins planétaires si le reste du monde avait le même niveau de vie moyen que celui des citoyens des pays développés. Autrement dit, dans l’état actuel, si la croissance de pays comme la Chine et de l’Inde continue, elle se heurtera nécessairement au manque de ressources planétaires (ce qui nuirait alors à la croissance mondiale).

D’autre part, nous savons que la population des pays développés est vieillissante et que notre population ne croît aujourd’hui que grâce à l’immigration. Qu’en sera-t-il à l’avenir ? Il est fort probable que la population actuellement stagnante va diminuer, réduisant de fait la consommation domestique (qui est le principal moteur de la croissance française de ces 15 dernières années…) Dans les pays du Sud qui n’ont pas achevé leur transition démographique (l’Afrique surtout), la population augmentera encore pendant quelques décennies, alors même que l’on ne sait même pas comment nourrir les populations existantes. Les capacités de production risquent de ne pas subvenir aux besoins des prochaines générations.

Tout semble donc indiquer que notre système économique n’est pas viable dans ces conditions. En fait, la notion de croissance (sous-entendu : illimitée) risque de se confronter à la réalité des limites de notre planète dans laquelle la plupart des ressources ainsi que la population ne peuvent pas être illimités. Nous avons tendance à l’oublier, mais la croissance des 50 dernières années a été exceptionnellement exponentielle. Il ne serait donc pas “anormal” qu’elle ralentisse fortement au XXIème siècle. Comme le suggère le graphique ci-dessous (déniché ici), nous ne ferions qu’entrer dans une nouvelle péridoe : la phase de stabilisation de la croissance :

La croissance, oui mais pour qui ?

Que nous réserve un avenir sans croissance ? Avant de tenter d’en projeter quelques pistes, faisons tout d’abord la critique du modèle de croissance. La croissance n’est qu’une représentation statistique de l’expansion de l’économie. On sait bien que le PIB n’est pas du tout représentatif du bonheur d’une population. C’est évident, mais toujours bon à rappeler : si la croissance ne profite qu’à 10%, et appauvrit les 90% restants, alors à quoi bon la rechercher ?

Et c’est malheureusement à peu près ce qui se passe en France depuis les années 80.

D’une part, on constate que le lien entre croissance et emploi s’est affaibli. Autrement dit, la croissance économique n’est pas nécessairement créatrice d’emploi, notamment en raison des gains de productivité comme je l’expliquais dans mon dernier article, étroitement lié à l’augmentation du travail à temps partiel subi. Nous assistons donc à une “croissance sans emploi”.

Par ailleurs, nous savons également que la croissance des 30 dernières années est marquée par un partage déséquilibré de la valeur ajoutée entre capital et travail qui est la conséquence directe d’un rapport de force défavorable aux travailleurs (en raison du au chômage). Ce rapport est stabilisé à environ 67% depuis 1985 au lieu de 72% auparavant.

Pas grand chose me direz-vous, sauf que dans le même temps, la rémunération du travail a progressé très faiblement, à un rythme moins élevé que la croissance de la valeur ajoutée (0,7% pour les salaires contre 2% d’augmentation de la VA). Cette stagnation, couplée à une inflation (même sous contrôle), entraine naturellement une baisse du pouvoir d’achat dont plus d’un se plaint aujourd’hui. Cependant, plutôt que de se cantonner au clivage classique “actionnaires vs. salariés”, n’oublions pas que la valeur ajoutée partageable est aussi plombée par le poids des cotisations sociales. Il résulte donc en partie d’un choix de société : une large couverture sociale en échange de moins de pouvoir d’achat.

Source : rapport de l’Insee : Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France (pdf)

Enfin, autre point à noter, la croissance économique ne tient pas compte des externalités négatives qu’elle commet. Ainsi, lorsqu’une entreprise pollue une rivière, ou qu’un secteur crée à lui seul une crise économique (suivez mon regard…) il contribue tout de même à la croissance. Pire, lorsqu’une autre entreprise dépollue, son activité génère également de la “croissance”… Je vous laisse imaginer ce que cela donne lorsqu’une seule entreprise fait les 2 activités (exemple de l’industrie de l’armement qui conçoit à la fois les mines anti-personnelles et les appareils de déminages…).

Pour conclure, malgré la croissance économique des 30 dernières années, il semble que les inégalités se soient creusées tout en remettant en cause la soutenabilité de l’environnement pour les générations futures. La croissance, n’est donc pas forcément positive en soi. Si elle ne profite qu’à certaines populations, au détriment d’autres, alors la croissance peut même avoir un effet nul sur le progrès d’une société. Sommes-nous en arrivé là ? Difficile de trancher en l’absence d’indicateurs précis sur ce sujet. Et puis surtout, on peut également objecter que la situation serait pire sans croissance. Cela est peut être vrai pour la période qui s’achève, mais qu’en est-il de la période à venir ? N’y a-t-il pas des moyens de faire progresser la société sans croissance économique ?

Vers une économie post-croissance

Puisque les fondements de la croissance économiques sont aujourd’hui abbatus, allons nous alors vers la catastrophe ? L’économie va-t-elle se réduire, nos niveaux de vie diminuer ? Allons nous donc vers la décroissance absolue, ou assistons nous simplement à une transition vers un autre paradigme économique?

Le paragraphe précédent nous permet déjà de relativiser ces craintes : la croissance n’a de toute façon jamais permis de résoudre tous les problèmes. Au contraire, elle les a parfois aggravé. Mais outre cela, il faut nuancer le concept “décroissance”. Il ne s’agit en aucun cas d’une décroissance absolue : certains secteurs d’activités, zones géographiques continueront de croitre.

Par exemple, la pénurie prochaine de ressources naturelles nous incitera à trouver de nouveaux moyens d’économiser ou de recycler les matières premières : il faudrait faire plus avec moins, alors que le capitalisme se contentait de l’efficacité, nous devrons rechercher l’efficience. L’économie aura pour salut les gains de productivité qui seront source de croissance dans les secteurs qui en vaudront la peine (mais ce type de croissance ne sera pas créateur d’emploi, au contraire).

Par ailleurs, comme le notait Thierry Crouzet dans sa relecture de Paul Ariès (un des promoteurs de la décroissance), si les ressources physique sont effectivement limitées, le monde de l’immatériel, lui, ne l’est absolument pas. Ainsi, on peut aisément imaginer qu’à l’heure de la société de la connaissance, nous verrons apparaitre de nouvelles formes de croissance. L’économie de l’abondance, de la gratuité, des modèles open-source… voilà déjà des exemples de création de valeur émergents qui semblent échapper aux logiques économiques traditionnelles ! La valeur de wikipédia pour la société est incommensurable, pourtant sa contribution au PIB n’apparait dans aucune ligne de compte !

Au terme de “décroissance”,  je privilégie donc le terme de “post-croissance” car il sous-entend davantage l’arrivée d’une nouvelle ère, d’un nouveau paradigme : celui où la croissance économique n’est pas au centre du système.

Car finalement, le problème de notre système, c’est justement que sans croissance, il part en vrille : le chômage, les dettes, la finance etc… Nous avons construit une société dont la croissance est à la fois le moteur et le talon d’Achille. C’est donc précisément de cette relation de dépendance qu’il faut s’échapper. L’économie post-croissance, ce serait donc une économie qui permette de continuer à progresser quel que soit le niveau de croissance. Et vous serez peut être surpris, mais c’est possible.

Enterrons la croissance avec joie !

Peter Victor, économiste canadien et auteur de Managing Without Growth a réalisé un logiciel permettant de faire des simulations économiques sans croissance (ou très peu) à partir de différentes hypothèses d’investissement, de consommation, de gains de productivité etc. Ses conclusions aboutissent à l’édification de plusieurs scénarios possibles, tous très différents : catastrophiques autant que positifs. La question n’est donc pas tant de savoir si notre société peut survivre sans croissance, mais de déterminer ce qu’il faut mettre en œuvre pour que cela soit possible !

Sur la base des meilleurs scénarios qu’il a trouvé, Peter Victor propose les directives suivantes :

  • soutenir massivement et directement les populations les plus pauvres ainsi qu’une meilleur répartition des richesses en général (moins de “super-riches”) ;
  • investir dans la production de biens publics plus que des “positional goods” (biens de consommation ostentatoires), ainsi que des investissements de productivité ;
  • Dans l’idéal, les balances commerciales devraient être nulles (exports = imports).
  • la population doit stagner.
  • l’établissement de quotas d’utilisation des ressources naturelles ou de production d’externalités négatives.

Ces politiques sont loin d’être hors de portée. Des mesures comme le revenu garanti minimum associé à un système monétaire à dividende universel, les monnaies complémentaires, ou encore la réforme de la fiscalité, l’extention du domaine de la gratuité, sont des exemples de mesures concrètes et réalisables qui s’inscrivent parfaitement dans cette perspective.

Malheureusement, il semble que l’on soit en train de prendre une direction tout à fait opposée. Accrochés à leurs vieux dogmes obsolètes, les politiques vont continuer à nous vendre leur soupe à la croissance pendant un certain temps encore.  Ils empireront encore plus la situation comme ils le font actuellement en essayant de sauver le système financier.

La crise de la dette souveraine qui vient va faire mal, très mal. Nous pouvons tout juste espérer qu’elle fera surtout mal aux “bonnes personnes” (i.e. les plus riches) et qu’elle sera le coup de fouet salutaire qui nous forcera à changer nos mentalités et nos comportements… Mais dans tous les cas, les 10 prochaines années risquent d’être longues avant que l’on entre enfin dans le XXIème siècle.

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Sources des graphiques et autres données statistiques :

Le contenu en emplois de la croissance française (rapport Insee)

Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France (rapport Insee)

Consultez aussi mon pearltree sur la décroissance

Crédit image : CC Neil T ; CC IDanSimpson

26 commentaires

  • Article fleuve et bien documenté.
    Maintenant, pour convaincre la masse critique, il faut multiplier les angles d’approche et toucher les gens dans leur quotidien. Leur montrer l’absurdité du système à chaque occasion, et leur montrer les alternatives.

    Si on veut que le monde politique se préoccupe de l’idée de décroissance, il faut qu’un paquet de gens soit en attente de cette nouveauté. Il faut rendre ça séduisant et attirant, et donc enlever la fausse image de retour en arrière et de régression que le mot véhicule malgré lui.

  • Je pense qu’il y a encore de la réflexion à faire avant de pouvoir affirmer que l’on a toutes les réponses. Par exemple la théorie relative de la monnaie a été publiée il n’y a pas longtemps et je n’ai même pas encore eu/pris le temps de la lire, or une théorie aussi importante doit être vérifiée et débattue en long et en large avant d’être présentée au grand public.

    Cependant je suis d’accord qu’il existe un certain nombre de solutions, même si certaines ne devraient être que temporaires, que l’on peut proposer. Pour moi l’enjeu est de rassembler toutes ces solutions, puis un maximum de personnes pour soutenir celles-ci, et enfin reprendre le pouvoir politique, corrompu par les ambitions personnelles et les «débats» stériles de personnalités qui ne comprennent rien à rien mais l’ouvrent quand même.

    C’est dans cet esprit de rassemblement des propositions que j’ai ouvert un wiki des projets sociétaux en début d’année. Étant seul à y participer pour le moment il n’avance pas très vite, ce qui est compréhensible car peu de gens ont le temps et la motivation pour se pencher sur les sujets sociétaux.

    PS: au niveau du vocabulaire je préfère «économie non croissanciste» à «économie post-croissance», car comme vous le soulignez, l’enjeu est de se débarrasser du culte de la croissance, pas forcément de la croissance elle-même qui n’a en réalité aucune importance.

    • @chancago : oui je suis peut être un peu optimiste de ce point de vue là… enfin disons que j’ai bien conscience qu’il faudra du temps pour que ces idées émergent (et donc s’affinent) mais d’un autre coté, le fait que ces solutions existent est une chance et un espoir formidable.

      Bonne initiative que ce wiki. Beaucoup de gens travaillent individuellement sur ce genre de projet. C’est dommage que les militants du web n’arrivent pas à mieux concerter leurs efforts. Il faut vraiment arriver à former des sortes de lobbies un minimum formalisés. la décentralisation, c’est bien, mais ça a ses limites…

      @Merome & Needs : merci pour ces feedbacks positifs :-)

      Continuons à semer des graines autour de nous… 😉

  • Needs

    Je trouve cet article très bien construit et argumenté, la simplicité avec laquelle tu explique tout ca est assez bluffante, merci ! =)

  • Très bien ton article. Juste un truc (pinaillage) :”alors même que l’on ne sait même pas comment nourrir les populations existantes. “, euh, on le sait hein qu’on aurait de quoi nourrir toute la planète, question de priorité, donc plutôt, “alors même qu’on a pas que ca a faire de nourrir les populations existantes”

    • Oui, c’est vrai qu’il parait qu’avec 600 millions de $$ on pourrait résoudre le problème de la famine. En même temps il faudrait voir de plus près, mais je pense pas que ça permettrait aux pays pauvres en situation d’auto-suffisance alimentaire. Donc problème à moitié réglé…

  • tomap1

    Je suis plutôt d’accord avec l’article, mais il sera au moins aussi difficile de faire changer de discours aux politiques, que de faire changer l’attitude des consommateurs que nous sommes et de ceux qui aspirent à le devenir dans les pays “en développement”. La société de consommation a fait son travail de sape et à part un cataclysme financier je vois pas comment nous accepterons tous de devenir “raisonnables”. Aujourd’hui, il est devenu quais impensable de ne pas être propriétaire, de ne pas changer de voiture tous les 6 ou 7 ans (alors que nos parents les gardaient souvent pendant 20ans), ni de changer de portables et autres équipements qui nous servent notamment à écrire à quel point nous voudrions changer le monde sur tous ces blogs :) Et je ne parle même pas de chercher à avoir sa rolex avant 50 ans!!!
    Bon alors, comment on s’y prend?

    • @tomap1

      Tout le monde n’a pas besoin de changer en même temps pour que le monde change. Il suffit que des pionniers commencent, qu’ils montrent l’exemple en changeant de mode de vie et prouvent ainsi à leur entourage qu’on peut vivre mieux tout en consommant moins. C’est ce que Thierry Crouzet appelle le bootstrapping. Chacun peut faire ça dans son coin, à son niveau et selon ses spécialités.

      Après, si on veut accélérer les choses (ce qui sera surement nécessaire, malheureusement), et bien il faudra trouver des modes d’action citoyen qui dépassent les clivages, rassemblent ceux qui partage les mêmes constats. Il faut faire barrage au simulacre électoral, désavouer le système en lui désobéissant de manière ostentatoire et massive.

      Voilà pour l’aspect méthodologique… pour le concret faut que je continue à réfléchir 😉

  • Hello, si le sujet t’intéresse, j’ai mis quelques liens :
    http://totomaiseuh.blogspot.com/2010/12/la-faim-dans-le-monde-ben-ouais-cest-un.html
    bonne nuit :)

  • clement

    Bon article qui explique bien les différentes pensées dominantes à l’heure actuelle, oui c’est vrai que la croissance potentielle des pays occidentaux (attention à ne pas mettre tous les pays dans le même sac) baisse depuis des années, et qu’il faut nous préparer à une économie en stagnation sinon en croissance faible, et donc s’attacher à réussir à vivre mieux avec la même quantité de richesses globales.

    Cette faiblesse de la croissance peut être dûe à beaucoup de facteurs, qui sont assez bien expliqués dans cette vidéo d’un congrès des économistes atterrés.

    http://www.dailymotion.com/video/xfkut7_economistes-atterres-cedric-durand_news

    ça aurait été bien que tu explique pourquoi la finance pénalise la croissance “notre espérance de croissance est complètement hypothéquée par les marchés”. Il faudrait un peu plus rentrer dans les détails!

    Très intéressant, pertinent sur la répartition travail capital…etc. Je ne m’étonne pas que tu aies réussi à caser une référence au dividende universel 😉

    Et tu es assez dur avec les politiques, qui sont coincés entre la baisse de leurs prérogatives au profit de l’UE (toi qui a milité pour le oui au référendum ;), la détérioration des comptes publics, des tensions sociales fortes qui empêchent de réformer, une décentralisation aussi couteuse qu’inutile, une augmentation des besoins sociaux, et j’en passe et des meilleurs.

    Ton cheminement est intéressant mais ne prends pas en compte les difficultés actuelles auquelles sont confrontées les politiques, les blocages au niveau international: de telles décisions (je parle de celles pronées par ton canadien) devraient être discutées au G20.

    • @ Clément :

      Je suis “dur” avec les politiques ? Je ne trouve pas. Exigeant serait peut être le terme plus adapté… mais bon en France on préfère parler pendant 2 semaines d’une langue qui fourche (cf Dati en sa fellation) plutot que des idées… on a perdu l’habitude de la virulence intellectuelle…

      Mais tu as raison d’un coté, la situation est certainement compliquée pour eux, car ils ont le nez dans le guidon et les yeux dans le brouillard. On le voit bien tous les jours, leur crédo c’est “there are no alternatives”… Je n’attends plus rien d’eux de toute façon : ils n’ont ni les idées ni la clairvoyance de voir qu’ils se trompent. Néanmoins, on pourrait au moins attendre d’eux qu’ils ne nous enfument pas avec des promesses bidon de retour de la croissance. Qu’ils avouent que l’on va passer de mauvaises années, que ça va être dur… Mais bon c’est vrai que 2012 approche…

      (si j’avais eu le même background intellectuel lors du référendum européen, il est évident que je n’aurais pas été favorable… je reconnais que je me suis trompé à l’époque !)

      En ce qui concerne la finance, vu que je trouve cet article déjà trop long, j’ai préféré me concentrer sur le coté dette qui va indéniablement nous péter dans la figure. Et ça permet d’avoir les 2 perspectives court terme + long terme. Et puis si j’avais insisté sur le volet financier, tu serais arrivé à la charge en me disant “tu exagères, la finance est utile etc”… :p

      Mais ne t’inquiètes pas, je reviendrai avec plaisir m’occuper des dealers financiers à l’occasion ! 😉

      J’ai vu la vidéo. de bonnes explications en complément également, merci pour le lien.

  • 1) il n’y a pas que les écolos qui prônent la décroissance
    Les objecteurs de croissances, les décroissants…

    2) Quand on parle de croissance, il faut savoir de quelle croissance:
    il y a la croissance du PIB
    La croissance de production matérielle
    La croissance de production immatérielle et de culture.

    Tout dépend alors des indicateurs que nous utilisons et de voir ce que nous souhaitons développer et ce que nous devons réduire. De ce côté, lire “reconsidérer la richesse” de Patrick Viveret + s’intéresser à ce que font des collectifs comme le FAIR ou collectif richesse peuvent être un début. Dossier spécial sur les indicateurs de richesses à paraître en Mars dans alternatives économiques, dans lequel je contribue brièvement à la rubrique monnaies complémentaires.

    Et encore une fois, le discours ne peut être uniforme à l’échelle mondiale tant les différences au niveau locale sont énormes: entre pays du nord et pays du sud, entre population riches et pauvres de ces mêmes pays…
    1,6 milliards d’être humains n’ont pas accès à l’électricité, alors la décroissance énergétique pour eux, ça ne veut pas dire grand chose.

    La question à la racine, c’est pourquoi la croissance économique du PIB?
    Si la vie par essence est un développement, un épanouissement, dans le cadre du tandem Emploi-croissance, nous oublions bien souvent d’où viennent les dettes.

    Tant que nous aurons des dettes à croissance exponentielle, nous courrons après des lièvres irrattrapables. Pour stopper l’hémorragie à l’origine il faut changer les lois et reprendre aux banques privées le droit fondamental d’émettre la monnaie.

    De ce côté je recommande très fortement le visionnage de “Inside Job” qui est un documentaire qui explique comment la crise du subprime a été créée, développée et contrôlée par l’oligarchie de la finance américaine. Ca en dit long sur le découplage entre économie réelle et paris de la haute finance: les produits dérivés, la spéculation etc..

    Que certains emplois soient détruits peut-être une bonne chose quand on traverse une révolution industrielle, c’est le signe que la productivité humaine est remplacée par la machine et alors il serait stupide de s’indigner que ce soit désormais les machines qui fassent notre travail.
    La question est alors de trouver un modèle d’équilibre entre ceux qui possèdent les outils de production, et ceux qui seront victime de leur désuétude fonctionnelle, de leur trouver une issue créative pour leur permettre d’apporter leur valeur et leur créativité au monde, pour nourrir cette réflexion, je recommande la société de la connaissance ou surgissement d’un nouveau monde de Marc Luyckx Ghisi.

    Bref, ce n’est pas la croissance économique qui est au bout du rouleau, c’est notre paradigme économique: et c’est plutôt une bonne nouvelle.

    • @zoupic : merci pour cet intéressant commentaire.

      Dans mon titre, je fais bien entendu allusion à la croissance économique entendu comme l’indicateur PIB. Derrière ce simple agrégat, il y a effectivement tout un système économique qui est impliqué… et dont il s’agit de tourner la page :-)

      Merci aussi pour les références que tu cite et que je ne connaissais pas, notamment ce Marc Luyckx Ghisi !

  • Bel article !

    Pareil que Zoupic, je te recommande ce livre de Marc Luyckx Ghisi. C’est une bouffée d’optimisme face au scepticisme ambiant…
    Pour te mettre l’eau à la bouche : http://www.youtube.com/watch?v=4W5Kr6HPzfI

    Dans le même genre de livre, il y a “Des abeilles et des hommes” de Thanh Nghiem. Je fais tourner de préférence le livre de Marc Luyckx Ghisi à mon entourage car il est plus grand public. “Des abeilles et des hommes” fait le même constat mais avec une analyse étroitement liée à internet et les outils de la société de la connaissance.
    Dans tous les cas, je pense que tu te reconnaitra dans les définitions de “créatifs culturels” ou de “passeurs” :-)

    Merci pour la référence au livre “Managing Without Growth”. Je viens de le parcourir en diagonale, et lu attentivement le chapitre sur l’énergie (4.4). L’auteur fait une analyse très brève sur les moyens de transition énergétique. Le reste du livre n’est pas consultable sur google, dommage, je serais curieux de savoir quel scénario de transition l’auteur nous propose pour passer d’une société de croissance à une société sans croissance.
    En France, l’association Négawatt propose un scénario de transition énergétique pour la France en 3 points : sobriété, efficacité et énergie renouvelable.

    Peut-être que ce triptyque pourrait être utilisé en trame de fond pour une transition monétaire :
    – sobriété économique : arrêter les gaspillages et les dépenses inutiles. (tous ceux qui bossent dans ou avec les administrations sauront de quoi je parle, mais c’est valable pour toutes institutions ou personnes morales)
    – efficacité économique : privilégié les filières courtes (amap, sel, commerce équitable…)
    – renouvelable (production décentralisé) : revenue de vie.

    Un autre mouvement à suivre est celui issu de “Transition Town”. Tu peux ajouter une 2ème perle à ton pearltree avec ce blog sur l’actu des territoires en transition en France : http://www.transitionfrance.fr/ (Tiens, Zoupic a du boulot pour 2011 )

    Ces initiatives ont l’intérêt qu’elles proposent (contrairement au mouvement pour la décroissance) un scénario de transition, de passage entre l’ère industrielle et la nouvelle ère “post-croissance” qui va dans tous les cas s’imposer à nous. Aujourd’hui, l’incertitude est de savoir avec quelle force nous allons faire la transition d’un monde à l’autre. Transition douce (scénarios) ou dure (crises, guerres, crash boursiers…) ?

  • Il y a un problème avec la notion de décroissance absolue, qui est source de confusion, personne, absolument personne ne défend une décroissance de tout, quand on parle de décroissance absolue (en anglais absolute degrowth) il s’agit de decroissance en valeur absolue (et non pas décroissance de tout!!!), c’est à dire que l’économie en totalité décroit, par contre en y regardant à la loupe certaines choses peuvent croitre ou décroitre, on a plus de vélos et de pistes cyclables et moins de voitures, camions et autoroutes par exemple. La décroissance absolue s’oppose à la décroissance relative, qui n’est qu’une augmentation de l’efficacité des produits, sans que l’on ait une décroissance totale. Personne ne parle de décroissance “de tout” (ce que tu voulais dire avec “absolue”), ce serait vraiment idiot.

    Le problème avec le mot post-croissance, c’est qu’il n’est pas clair sur le fait qu’il faudra réduire la production et la consommation (en totalité seulement), ce qui correspond à une réduction de notre capacité d’exploiter les ressources naturelles et les gens de manière absolue (dans mon sens) , et non pas passer a un état stationnaire ou à une nouvelle phase de croissance à laquelle on donnerait un autre nom. On l’a vu avec la dernière conférence d’ATTAC à Berlin qui préfère parler de post-croissance (post-wachstum) pour rester plus consensuel.

    François

  • @françois

    Je cite

    “Il y a un problème avec la notion de décroissance absolue, qui est source de confusion, personne, absolument personne ne défend une décroissance de tout…”

    Le problème avec ce type de raisonnement, est de ne pas comprendre qu’il sous-tend un système formel incohérent, illogique, permettant d’affirmer et de démontrer “A” et “non-A”, et où donc toute affirmation n’a aucun sens.

    Avant de parler de “croissance” ou de “décroissance”, il conviendrait de définir quelle est la définition de “croissance”.

    Il n’y a aucune définition de “croissance” au sens économique du terme, qui ne repose sur un système logique incohérent.

    De quoi s’agit-il exactement ?

  • francois

    @galuel

    tu as raison il faut définir ce qu’on entend par croissance ou décroissance, a mon avis ce sont en fait des notions multidimentionnelles (monétaire, culturelle, matérielle, etc..) en relation avec la capacité d’exploiter les ressources naturelles ou nos pairs, voir

    http://www.degrowth.org/fileadmin/content/documents/Proceedings/Schneider.pdf
    http://events.it-sudparis.eu/degrowthconference/en/themes/1First%20panels/Backgrounds/Schneider%20F%20Degrowth%20Paris%20april%202008%20paper.pdf

    (désolé c’est en anglais, aussi disponible dans les actes en français de la conférence de paris aux éditions le Croquant.)

    belles salutations de Barcelone!!

    Francois

  • S’il n’y a pas de mesure expérimentalement reproductible, alors ce n’est rien du tout.

    Quand on parle d’une unité de mesure réelle, que ce soit une distance, une vitesse, de l’énergie, on définit une unité, et le processus expérimental qui permet d’obtenir une mesure.

    Les verbiages littéraires sont sources de confusion.

    De la confusion ne surgit alors que de la confusion.

    Il ne faut donc pas s’étonner qu’en absence d’une mesure définie d’un phénomène, non contradictoire, et reproductible, on tire des conclusions confuses, et contradictoires.

  • francois

    alors cela voudrait dire que l’on en reste à du réductionisme typique? on ne peut pas se le permettre. Vu l’echelle des actions requises, nous n’avons pas besoin de mesures exactes et beaucoup de notions resteront qualitative.

    Bon par exemple réduire drastiquement la pub n’a pas de mesure définie, mais tu comprends un peu l’idée non?

    ceci dit oui il faut travailler sur une meilleure definiton, mais que cela nous ne empeche pas d’agir et de parler de decroissance, je ne veux pas juste parler de “post-croissance” de la pub, mais bien de decroissance: moins d’agences de pub, moins d’heures de pub, moins de bandeaux, moins de 4×4 etc…

    Francois

  • @François

    Moins de pub pour World of Warcraft ?

    Moins de pub pour des cours de maths à domicile ?

    Moins de pub pour des écoles de formation ?

    Moins de pub pour le cinéma ?

    Moins de pub pour les PC et internet ?

    J’avoue que je ne suis pas le “moins de pub”. C’est très confu.

  • francois

    voila je vois que tu comprends!

    decroissance absolue de la pub, avec moins de pub de bagnoles mais peut-etre un peu plus de pub pour les systemes d’echange locaux (pas sur que je l’appelerais pub, mais bon). Ceci dit l’idee est que tout cela se discute, dans una democracia real. La definition exacte est une affaire de democratie mais l’idee generale se comprend quand meme, rassure-moi.

    Francois

  • (j’te rassure François, l’idée se comprend (Galuel a envie de faire son matheux 😉 (pas taper Galuel))

  • @francois

    Ben mais ça ça ne dépend que du système monétaire.

    Si j’ai un système monétaire basé sur un Dividende Universel, j’ai des citoyens qui ne produisent et n’achètent que ce qu’ils considèrent respectueux de leur bien être local et global.

    Si j’ai un système monétaire à émission arbitraire de crédits, alors celui qui reçoit le crédit est au sein d’une cavalarie, où il doit courir après la monnaie pour rembourser principal et intérêts, mécaniquement irremboursables. A partir de là il agit lui même comme un système pyramidal, et lance des pubs pour attirer plus de clients, encore plus de clients, jusqu’à l’effondrement final inéluctable.

    Il y a donc un remède qui est de changer le design du système monétaire pour passer à un système monétaire décentralisé basé sur un Dividende Universel.